Willy Wonka et la machine à laver
Dans les dernières semaines, j’ai vendu des électroménagers sur Marketplace. Un des items était ma machine à laver. Une seule personne était intéressée, Willy. Il arrive un soir chez moi, seul. J’étais surprise, mais heureuse qu’il fasse disparaitre mon encombrant. Je le laisse monter. Il regarde ma machine et déclare que 80 $ c’est trop cher pour une vieille machine de même et m’offre 30 $. Je dis ok, pas de problème, il faut que ça parte. Il dit : « As-tu un 20 $ ? Je vais te donner 50 $ ». Ok, Willy, tout ce que tu veux, mais part avec ma machine.
Je lui demande s’il vend des électroménagers usagés. Il dit non, mais ne semble pas vouloir s’en servir pour lui-même. Ensuite, il voit mon frigo et dit : « Est-ce que je peux l’acheter ? » Je dis non, je l’ai déjà vendu a quelqu’un d’autre. Alors le gars dit qu’il ne vend pas d’électros, qu’il n’en a pas besoin, mais il est prêt à partir avec tous les électros qu’il y a chez moi. Red Flag.
Et là vient le bout horrible de l’histoire. Et j’ai tellement honte de m’être laisser abusée de même, avec toute l’expérience de vie que j’ai, toutes les blessures que je me suis faite parce que je ne me suis pas écoutée… Il me dit c’est toi qui vas m’aider à descendre la machine à laver. Dans les escaliers extérieurs. Du deuxième étage. Sans aucune expérience.
Et j’ai acceptée.
Il a mis la machine sur un diable et l’a roulé jusqu’au balcon. Il s’est mis sur la première marche et m’a dit que j’allais tenir les manches et que tout irait bien. Il commence à descendre, et les manches du diable descendent avec lui et touchent au balcon. Je me retrouve donc pliée en deux, assise sur une marche, avec les mains tendues vers le bas vers les manches. À chaque fois qu’il descend une marche, le poids de la machine me tire vers l’avent, et moi je tire vers l’arrière pour retenir la machine pour qu’elle ne tombe pas sur Willy.
On a fait toutes les marches comme ça. Une fois rendue en bas, j’avais le dos complètement scrap, et j’en revenais pas de ce qui vient de se passer. Lui, tout content, il commence à me dire qu’il fait du yoga chaud à Idolem yoga sur la Rive-Sud et qu’il adore ça. Il me dit qu’il se sent bien dans son corps, qu’il aime prendre soin de lui, quand moi je suis en mille morceaux pour 30 $ et une vieille machine à laver. Willy était amusé. À la fin, il a dit : « Oh, tu t’es fait mal. », faussement inquiet.
Et là ça continu. Il dit : « Oh, elle est sale ta machine, il y a plein de poussière en dessous. As-tu un balai ? » Alors moi, encore comme une conne qui n’a pas de colonne vertébrale (à ce stade-ci, littéralement et figurativement), je dis ok Willy, je vais aller chercher un balai et tu pourras nettoyer le dessous de la machine pour que TOI tu ne salisses pas TA voiture, après avoir laissé un carnage derrière toi. Enfin, il me donne le 50 $ et je lui donne le 20 $. Et vous savez l’intuition que j’ai eu quand il m’a tendu le billet ? Que c’était un faux. Que ce gars-là venait de prendre ma machine à laver gratuitement, m’avait scrapper le dos et qu’il s’enrichissait en plus, en se faisant 20$ SUR MON DOS, littéralement.
Quel cauchemar.
Et l’histoire ne se termine pas là. Trois jours plus tard, je déménage. En me levant du lit, je fais une fausse manœuvre et toute la douleur au dos est revenue en un éclair. Je me suis effondrée. J’ai donc déménagé, pliée en deux, pas capable de m’assoir, pas capable de rester debout, à diriger les déménageurs, dans d’atroces souffrances lombaires.
Ayant trop mal et étant sur les nerfs, je prends un taxi pour aller à notre nouvel appartement pour attendre les déménageurs. Le taxi arrive, le chauffeur s’appelle Nour. Il me demande ce qui m’est arrivé pour avoir si mal au dos. Je lui raconte ma mésaventure. Il me dit : « Comment il s’appelait le gars ? Je dis Willy. Il dit : « Est-ce que c’était un black qui vit sur la Rive-Sud ? » Je dis Oui !!!
Imaginez-vous donc que Willy est aussi aller chez Nour pour lui acheter un électroménager et qu’il lui a fait le même coup : arrivé seul, pas donner le montant demandé, et l’obliger à l’aider à transporter l’électroménager, le laissant blessé.
J’en revenais pas : Willly est donc un serial killer du mal de dos et de l’arnaque des électroménagers ! Il amadoue ses victimes avec un grand sourire et sa gentillesse. Il les convainc de l’aider à faire une manœuvre physique dangereuse sans aucune considération pour leur sécurité. Et les laisse le dos brisé avec de faux billets de banque.
Alors méfiez-vous. Si vous tombez sur Marketplace sur un Willy, un homme noir dans la trentaine ou quarantaine, qui vit sur la Rive-Sud avec sa femme et ses enfants, très souriant et charmant, ne vous laisser pas abuser comme Nour et moi. S’il arrive seul chez vous, retournez-le de bord et donner lui une leçon bien méritée. Votre intégrité physique vaut bien plus qu’un électroménager désuet.
J’aurais tellement voulu avoir su me respecter et le retourner de bord moi-même. J’ai scrappé mon dos, j’ai perdu de l’argent, et j’ai même dû me payer une séance d’ostéopathie en urgence pour retrouver un peu de mobilité… tout ça pour une vielle machine à laver et un faux billet de 50 $.
Quand est-ce que je gagnerai en sagesse ?
Il me semble que je me suis fait abusée des milliers de fois depuis 39 ans et chaque fois je dis que je ferai mieux, que j’ai enfin compris ma leçon. Mais ça se poursuit. Je continu à me faire violence et à accommoder les autres à mes dépends.
Chers lecteur, chère, lectrice, encore une fois : À quel âge aurais-je une colonne vertébrale solide et un minimum d’amour propre ?