S’ennuyer, avoir manqué sa carrière et faire des bébés
Aussi loin que je me rappelle, je m’ennuie. Dès que j’ai du temps libre, je ne sais pas quoi faire de ma peau. Après avoir accompli mes tâches ménagères, fait l’épicerie et être allée à la piscine, je tue le temps en lisant des livres, en écrivant des articles de blogue, en écoutant des balados et en regardant des vidéos. Je m’emmeeeerde.
Parfois, je vois des amis. On va faire une marche ou on mange ensemble. Ça me fait du bien de sortir de ma tête et de m’intéresser aux autres. Je passe de beaux moments avec mon chum aussi, et avec ma mère. Mais c’est comme si ça ne faisait que combler un vide relationnel temporaire, sans vraiment créer de sens.
Quand je travaille à temps plein, ça règle mon problème, car je suis si épuisée que mes deux journées de repos ne servent qu’à reprendre mon souffle. Je ne suis pas comblée, mais je ne sens plus le vide qui m’habite, jusqu’à ce que je m’effondre physiquement et mentalement.
La vérité, c’est que j’espère encore trouver un projet qui m’allume à 100% dans le long terme. Par exemple, mon copain milite pour l’indépendance du Québec depuis 20 ans. Toutes ses énergies, autant professionnelles que personnelles (oui, il fait des téléphones et du porte-à-porte pour le plaisir), sont centrées autour de ce même objectif qui l’anime avec passion.
Moi, je m’enflamme temporairement : en allant à un cours de danse, en animant une chronique à la radio, en allant magasiner chez Renaissance. Mais une fois mon activité porteuse de sens terminée, je m’éteins et je m’ennuie.
Mon amoureux croit que je ne mets pas assez d’activités à mon agenda. C’est vrai en partie, mais je ne crois pas qu’une vie se résume à une succession d’activités le fun que l’on accomplit dans une semaine. Je veux bâtir quelque chose de créatif, relationnel et porteur de sens qui comblerait mon vide intérieur et payerait les factures. Une entreprise, en somme.
Mais comme je ne suis pas entreprenante et que mes tentatives passées ont échoué, voilà pourquoi à 39 ans, je me tourne vers le projet bébé. Si à mon âge, j’étais épanouie professionnellement, je ne crois pas que j’aurais ressorti le dossier bébé qui me chicote depuis mon avortement en 2019.
Mais puisque le temps file, et que je considère être un échec professionnel, avoir des enfants et être mère à la maison me semble être la façon la plus accessible et réaliste pour moi de bâtir ce fameux projet “créatif, relationnel et porteur de sens”.
Est-ce qu’avoir des enfants est payant ? Pas en argent, non, et pas nécessairement en amour non plus, les enfants devenus adultes pouvant décider de couper les ponts avec leurs parents à tout moment, comme je l’ai fait avec mon père et sa famille.
Mais est-ce que pour les cinq prochaines années, je serai occupée et pourrai donner tout l’amour que j’ai à offrir sans avoir à me soucier de ma carrière ? Oui, absolument.
La question à savoir maintenant, et c’est la plus importante, est si donner la vie en 2026 est un cadeau pour les humains à naître, ou seulement pour les parents qui les désirent.