Rejetée par un robot
Depuis quelques semaines, j’essaye de postuler à un poste d’enseignante non qualifiée au Centre de services scolaires de Montréal (CSSDM). Le domaine du journalisme étant compétitif, je me suis dit que travailler avec les jeunes pourrait être une solution gagnante autant pour moi que pour la société.
N’ayant aucun retour du CSSDM, j’ai décidé d’écrire directement aux ressources humaines pour leur présenter ma situation particulière : j’ai un certificat en journalisme et un baccalauréat en design d’intérieur, combiné à un an d’expérience comme animatrice d’ateliers de journalisme dans les écoles secondaires.
Officiellement, le CSSDM accepte les détenteurs d’un diplôme de trois ans en journalisme pour enseigner le français, et d’un diplôme de trois ans en arts plastiques pour enseigner les arts plastiques. Mais étant donné que les écoles sont désespérées et « acceptent tout le monde », comme un enseignant à la retraite m’a dit, je me suis dit que je ne perdais pas mon temps à tenter ma chance.
Une personne des ressources humaines m’a donc répondu ce matin. Elle m’explique que pour postuler, je dois remplir un formulaire de candidature sur Atlas, un logiciel également utilisé par les CIUSSS. Elle affirme qu’avec mon profil, je pourrais effectivement faire de la suppléance. « Merveilleux ! », me dis-je.
En me connectant à Atlas, ma candidature est prise en charge par un robot conversationnel. Il me demande des informations personnelles et des documents. À la toute fin du processus, après plusieurs minutes d’efforts, le robot me demande de cocher la case qui correspond le mieux à ma situation comme enseignante non légalement qualifiée. Puisque je ne corresponds à aucune option, je coche la dernière case, celle qui dit que mon profil ne correspond pas aux options proposées.
Une fois la case cochée, le robot bloque la conversation et dit : « Désolé ! Votre candidature a été refusée. Vous n’avez pas le profil recherché. »
Quelle frustration !
Je le sais que mon profil ne correspond pas parfaitement aux exigences demandées, mais est-ce une raison pour rejeter complètement ma candidature dans un contexte de pénurie d’enseignants ?
Je ne sais pas si les employeurs lisent encore eux-mêmes les candidatures qu’ils reçoivent, mais avant, une personne pouvait envoyer son CV même si son profil ne correspondait pas à 100% à celui demandé, car on comprenait que d’autres facteurs pouvaient rendre un candidat attrayant pour une entreprise.
Aujourd’hui, un robot conversationnel décide qu’une candidature n’a aucune valeur avant même qu’un humain ait le temps de lire le CV et la lettre d’intention du candidat. C’est fou, non ? « Non, c’est efficace ! », diront les dirigeants.
Le CSSDM nuit aux élèves en laissant un robot gérer son processus de recrutement. S’il leur manque des suppléants en français et en arts plastiques cet automne, ils n’auront qu’eux à blâmer.