Excès à outrance
Je suis allée voir le film The Devil wears Prada 2 avec ma mère. Je ne tenais pas à y aller, car la bande-annonce était correcte, mais je me suis dit pourquoi pas ! C’est toujours le fun de voir un film sur grand écran. C’était surtout l’occasion de faire une activité mère-fille.
Je savais à quoi m’attendre : beaucoup d’opulence, des vêtements à ne plus finir, des défilés de mode, des vedettes, des limousines. Même préparée, cet excès m’a décontenancée. Une scène en particulier était inconfortable. Pendant deux minutes, on voyait les personnages principaux se balader à Milan d’un défilé de mode à une autre, changeant de vêtements aux dix secondes, chaque fois qu’ils arrivaient dans un nouveau lieu.
Cette scène m’a choquée parce que de un, je sais à quel point c’est énormément de travail (et coûteux) de préparer toutes ces tenues pour seulement quelques secondes à l’écran, et de deux, parce qu’autant de vêtements garrochés à la face des spectateurs comme ça, comme si ces vêtements n’avaient aucun coût social ou environnemental, m’a refroidi.
C’était en somme la combinaison d’un gros budget hollywoodien pour en mettre plein la vue aux spectateurs sans ajouter de valeur au scénario, additionné à l’industrie du luxe qui a toujours été indécente, mais qui l’est davantage en 2026 en raison du contexte actuel, qui m’a choquée comme spectatrice.
Je me disais, mais à quoi ils pensent ? Montrer tous ces vêtements hors de prix qui ne se portent même pas dans la vraie vie, en rafale, exactement à l’image de l’industrie de la mode qui crache sans arrêt de nouveaux vêtements, dans une logique de gaspillage des ressources et de surconsommation.
Ma mère a dit que c’était du divertissement, que ça fait du bien aux gens de se sortir de leur quotidien, mais je pense que même les gens ordinaires, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas plus conscientisés que ça aux malheurs du monde, auraient pu être gênés par ces excès. J’ai d’ailleurs lu par la suite que les vidéos de « virée de magasinage », jusqu’à récemment populaires sur TikTok, baissaient en popularité, les influenceurs se faisant rabrouer pour ces excès qui ne sont plus socialement acceptables.
C’est fou comment notre rapport à la mode et au luxe a changé en 20 ans ! Quand le premier The devil wears Prada est sorti en 2006, c’était amusant de voir ces vêtements luxueux à l’écran, ça faisait rêver. Aujourd’hui, répéter le concept m’a semblé déplacé et insultant pour les gens ordinaires qui eux font des efforts pour ne pas gaspiller les ressources et magasiner de façon responsable.
Être riche discrètement
J’étais aussi mal à l’aise quand la caméra faisait des gros plans sur des vedettes qui assistaient aux défilés, dans un monde où il est important de se faire voir pour exister.
Moi, si j’étais une vedette hollywoodienne et que j’avais la chance de faire des millions pour exercer le métier que j’aime, sachant que le reste de l’humanité crève de faim et s’habille en friperie, je serais gênée de me présenter à des évènements comme ceux-là.
Je me dirais : « Je suis déjà hyper privilégiée, je ne vais pas en plus aller me pavaner avec mon cash et ma sacoche Louis Vuitton dans un défilé de mode. Je reste chez nous et je jouis de mon abondance. »
Mais bon. C’est mal comprendre comment l’industrie du luxe est intimement liée au vedettariat.