« Fais ce que tu veux »
Ce matin, je suis allée faire du vélo sur le bord de l’eau à Verdun. Arrivée aux rapides, je me suis allongée pour admirer le paysage. Pas longtemps après, un homme est venu s’assoir à côté de moi et s’est mis à jaser de politique sur un ton d’ironie et de dégoût du monde. À un moment donné, il change de sujet et mentionne qu’il a un fils, me confiant qu’il a beaucoup aimé être père et qu’il garde de bons souvenirs de ces années-là.
Étant donné que je songe à avoir des enfants, mais que l’état du monde m’inquiète, je l’ai confronté sur son apparente contradiction : « Pour quelqu’un qui m’expose depuis vingt minutes à quel point on vit dans un monde débile, dans un système politique pourri, comment justifier le fait de faire des enfants ? »
Il a répondu que c’était vrai, que ça n’avait aucun sens, mais que les humains sont contradictoires, et que malgré l’état du monde, l’amour et nos désirs individuels sont plus importants que le chaos. Il a conclu avec : « Fais ce que tu veux ».
Je trouve ça très inquiétant comme raisonnement.
Je ne comprends pas comment des personnes qui chialent contre du monde comme Donald Trump parce que justement ils font tout ce qu’ils veulent quand ils veulent sans se soucier des autres et des conséquences de leurs actes agissent à leur tour de la même façon, par pur égocentrisme.
Toutes les personnes que je connais qui ont des enfants me disent qu’ils en ont eu parce que ça leur tentait : « Moi, j’avais envie de vivre cette expérience, pour m’occuper, pour évoluer, pour partager, pour aimer et être aimé ». Il n’y en a aucune qui me parle de l’avenir de ces enfants-là.
Même, je soupçonne qu’une de mes anciennes amies se fout complètement de ce qui adviendra de ses enfants quand ils seront adultes. Je pense sincèrement qu’elle essaye juste de cocher le plus d’items sur sa liste de « vie idéale de milléniale » et considère ses enfants comme des moyens pour arriver à ses fins.
Et je ne crois pas qu’elle soit la seule.
Les enfants ne sont pas des outils de développement personnel pour apprendre l’amour, la patience et le dévouement. Ce sont des êtres humains en chair et en os qui vont devoir survivre sans vous en 2050, 2060, 2070, quand vous vous serez à la retraite ou sur le bord de mourir.
Je pense aussi que le monde va si mal, justement, parce que tout le monde « fait ce qu’il a envie de faire ». Comme il veut, quand il veut, parce qu’on pense tous que l’on mérite la meilleure vie possible pour soi. On mérite de voyager, d’avoir des enfants, une belle grande maison, la technologie la plus à jour, comme si le fait de mériter le meilleur signifiait qu’il fallait se le donner.
Par exemple, j’ai une amie qui s’en va en Thaïlande avec son mari et leurs deux enfants l’hiver prochain. Pourquoi ? Parce que ça leur tente, ça va leur faire du bien, ils le méritent. Au diable la pénurie d’essence et la guerre en Iran. YOLO, nous on se ressource à la plage à l’autre bout du monde.
Ça me fait capoter. Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que c’est moi qui dramatise ?
En 2026, l’humanité est en crise. Rien ne va côté économique, politique, environnemental, social… Et quand on vit une crise, le réflexe le plus naturel est de s’encabaner chez soi et de faire le mort. On ne sort pars, on préserve les ressources disponibles et on attend que ça passe.
Ça me semble tout à fait sensé, mais je suis seule à penser ça, car les gens continuent à vivre, à gaspiller, à polluer, comme si de rien n’était, en mode : « Je suis le centre de mon univers ».
Ce que je comprends le moins, ce sont justement les parents qui amènent leurs enfants en vacances dans des pays exotiques pour leur faire vivre de beaux moments, hypothéquant à chaque voyage leur avenir, à cause des émissions carbone et des ressources gaspillées.
Qu’en pensez-vous ? Vivez-vous votre vie comme vous l’entendez, sans penser aux conséquences de vos actes sur la qualité de vie des humains qui vous succéderont ? Croyez-vous plutôt que nous devrions nous restreindre par solidarité ?
En somme, devrions-nous vivre pour soi ou pour les autres ? Dans un souci de partage des ressources et de continuité de l’espèce ?