Média : hypocrisie et survie
Ayant été journaliste pendant deux ans, je sais qu’il est très difficile pour un média traditionnel de survivre. Souvent, diffuser de la publicité est la meilleure façon de continuer à offrir de l’information de qualité.
Cependant, vous verrez tout de suite la non-cohérence de cette pratique. On ne peut pas prétendre offrir de l’information neutre à nos lecteurs lorsque l’on paye ses factures en promouvant des produits et services d’entreprises à profit.
Cette hypocrisie m’apparait de plus en plus flagrante en ce qui concerne le thème de l’environnement.
Par exemple, dans le Globe and Mail, je vois régulièrement des publicités pour des voyages luxueux côtoyer des articles journalistiques décrivant les conséquences de la crise climatique sur les populations, en mettant l’accent sur le fait que le tourisme et les déplacements non essentiels sont responsables d’une grande partie des changements climatiques que nous vivons.
L’incohérence était à son paroxysme dans le journal d’hier quand en page A3, on voyait une photo d’une femme se rafraichissant dans la Méditerranée pour survivre à la vague de chaleur meurtrière qui sévit en Europe, et en page A16, il y avait une publicité d’une pleine page, incluant une photo d’un yacht, pour vendre une croisière sur la Méditerranée en compagnie de journalistes du Globe and Mail, pour vivre une expérience unique, exotique et luxueuse.
???
Ça n’a aucun sens.
Comment est-ce que tu peux à quelques pages d’intervalles démontrer la nécessité pour les Européens de se rafraichir dans la Méditerranée pour survivre à la crise climatique et ensuite vendre des billets pour une croisière polluante en yacht, sur ce même bassin d’eau, affectant directement la qualité de l’eau, pour le plus grand plaisir des Nord-Américains qui eux n’en ont rien à faire des problèmes climatiques des Européens ?
Encore une fois, l’hypocrisie à son paroxysme. Mais quelle est la solution ? Je ne peux moi-même plus exercer mon métier de journaliste, car les médias sont sous-financés. Qu’est-ce qui est le plus important : la survie des médias traditionnels ou leur intégrité ?
Les climatiseurs : symbole de l’individualisme absolu
Dans l’article décrivant les épisodes de chaleur extrême en Europe, il était mentionné que les Européens, bien que ce ne soit pas dans leurs habitudes, commencent à installer des climatiseurs dans leur maison pour survivre à la chaleur accablante.
Une scientifique avançait toutefois que l’utilisation de climatiseurs devait être la dernière solution envisagée, car ces appareils rejettent l’air chaud des maisons à l’extérieur, rendant les villes encore plus chaudes et invivables.
Je n’y avais jamais songé, mais ça a beaucoup de sens !
Regardez comme nous sommes nonos et individualistes, chacun s’enfermant chez soi au frais, rejetant la chaleur dont nous ne voulons pas dans la face de nos voisins !
On crée, comme d’habitude, deux classes de citoyens. Ceux qui sont au frais et polluent, et ceux qui ont chaud et qui ne polluent pas. Toujours ceux qui ne polluent pas qui payent pour les comportements individualistes de ceux qui en ont les moyens.
« Ah ouin, t’as pas l’air clim chez toi… » comme si j’étais une loser, quand ce sont eux qui détruisent la planète pour nous tous.
C’est fou. C’est exactement comme la gestion des déchets : je crois faire disparaître mes ordures par magie en les mettant sur le bord du chemin, quand en fait j’encombre un terrain naturel qui n’a rien demandé, en plus de mettre en danger la santé des personnes qui vivent autour de ces dépotoirs.
Ce que je veux dire au fond, c’est que les humains doivent arrêter d’avoir la pensée magique : si tu te débarrasses de ta chaleur, il faut bien qu’elle aille quelque part.
Pensez à ça, chers lecteurs et lectrices qui utilisent un climatiseur pour être à l’aise chez vous cet été. Pensez à qu’est-ce que votre confort nous coûte collectivement.