Je suis devenue une traumatisée du téléphone
En 2023, j’ai fait un épisode de balado sur L’art d’éteindre son téléphone. J’y explique que pour moi, éteindre son téléphone est le summum d’avoir une qualité de vie exceptionnelle.
Trois ans plus tard, j’ai le regret de vous annoncer que j’ai développé une relation malsaine avec mon cellulaire, à la suite d’une relation déséquilibrée avec mon ancienne employeuse. Je vous explique.
Durant la dernière année, j’ai occupé un poste de journaliste dans un média local. Mon téléphone personnel est devenu mon téléphone professionnel, et donc tous mes appels passaient par ce même objet. J’ai même acheté un nouveau téléphone, car le précédent ne me permettait pas d’enregistrer les appels, ce qui est essentiel quand on est journaliste.
En plus de mes entrevues téléphoniques, mon téléphone servait de walkie-talkie avec ma rédactrice en chef, car nous travaillions exclusivement en télétravail. Puisqu’elle occupe un emploi à temps plein en plus d’être responsable de la rédaction, elle m’appelait quand elle le pouvait, à l’heure du midi et le soir après le travail, souvent autour de 17h jusqu’à 18h.
Ses appels étaient longs et drainants, et pour être honnête, j’ai souvent alimenté les discussions. Puisque ces appels étaient aussi prévisibles, je trainais avec moi dans chaque pièce de la maison mon téléphone à l’heure du midi et entre 17h et 18h « par peur » qu’elle m’appelle, comme elle le faisait presque tous les jours de la semaine.
Retour au présent.
Je ne travaille plus pour ce média depuis un mois, mais je demeure « traumatisée » par mon téléphone. Comme si cette boss s’infiltrait encore dans ma vie, je regarde mon téléphone avec inquiétude, dans la peur d’avoir manqué son appel ou de le manquer.
Je me rends compte à quel point cet emploi a été engloutissant à plusieurs niveaux : en termes de temps, d’engagement émotionnel, d’adaptation à des scénarios surréels, souvent associés au sous-financement des organismes communautaires.
Pourquoi déjà est-ce que j’ai passé des heures interminables dans des écoles secondaires avec des jeunes après avoir faire une réorientation de carrière en journalisme ?
Bref, je suis en choc post-traumatique, et demeure l’esclave de mon téléphone. Je me sens comme si ma rédactrice en chef n’était jamais partie, sa présence en sourdine comme un stress constant, avec les appels incessants imprimés dans mon corps, car mon bureau et mon téléphone sont restés les mêmes.
Plusieurs lecteurs et lectrices se diront que je capote en lisant ceci.
Mais il faut se rappeler que je suis la reine du désencombrement holistique. Je promeus depuis des années un mode de vie exempt de tout ce qui nous éloigne de notre vision de bien-être. Être devenue une traumatisée du téléphone qui le traine partout avec elle de la chambre à la salle de bain est gênant, même inquiétant.
Je ne sais pas ce que je peux faire avec cette situation dans l’immédiat. J’espère que le temps amoindrira mon stress et que je pourrai retrouver une distance saine avec mon téléphone.
En attendant, voici une suggestion si vous vivez une situation similaire.
Si vous êtes en télétravail, choisissez judicieusement les modes de communication avec votre employeur : travailler de la maison est merveilleux, mais dans les conditions décrites ci-haut, avec des appels longs et émotionnellement drainants aux heures de « repos », on finit par se sentir envahi dans son espace personnel.
Si vous sentez que ce que ce que vous vivez n’est pas sain, je vous suggère de réajuster le tir en n’alimentant pas la conversation et en ramenant toujours la discussion à l’essentiel. Si possible, limitez vos appels à un seul endroit de la maison, pour éviter que votre employeur « hante » chaque pièce de votre appartement.