Course contre la montre
Ma vie est une course contre la montre. Depuis que je n’ai plus d’emploi et que mon déménagement est confirmé, à la suite d’une reprise de logement, tout me parait comme une urgence, même si mon assurance-emploi se termine dans plusieurs mois.
S’ajoute à cela le fait que j’ai 39 ans et que mon chum voudrait avoir des enfants, et le fait que mon nouveau métier, le journalisme, est en crise et que les médias traditionnels peinent à survivre.
Chaque jour, j’envoie des CV, je prépare le déménagement, et en même temps je dois décider si je veux être mère, quand mes jours de fertilité sont comptés, et si je dois investir temps et argent dans une nouvelle formation professionnelle quand je viens juste de devenir journaliste.
Je me sens complètement dépassée, et surtout, déracinée. Comme un petit arbre qui commençait à peine à faire pousser de belles racines, qui est sauvagement arraché du sol, lancé à bout de bras sur un terrain inconnu, et qui est doit se redresser et s’ancrer comme par magie. (Ah oui, parce qu’en plus de déménager, je change de quartier, perdant tout le réseau de proximité que j’ai créé au fil des quatre dernières années.)
Tout est à refaire. Vous me direz que je suis chanceuse d’avoir autant d’options, mais ceux et celles qui me connaissent savent que je n’ai jamais eu de stabilité relationnelle, professionnelle et financière dans ma vie. Ce n’est pas une crise de la quarantaine où l’on brise la routine des 15 dernières années pour entreprendre quelque chose de nouveau quand l’abondance était déjà présente.
Apparemment, ce qui m’arrive est très « milléniale ». Il semblerait qu’on serait plusieurs de cette génération à errer dans le monde professionnel, à devoir se réinventer constamment tout en payant les factures. En additionnant à cela la crise du logement, on a une recette parfaite pour être totalement perdue et démunie.
Et pour la première fois de ma vie, je dois repenser ma vie professionnelle en priorisant mes finances. Fini le temps de me payer des diplômes universitaires sans penser aux débouchés. Je dois maintenant trouver mon ikigai, c’est-à-dire une profession que j’aime, dans laquelle je suis bonne, qui est en demande et que les gens sont prêts à payer pour.
C’est pour ça que dans mon article sur Dying for sex je parlais d’accompagnement en fin de vie. Parce que je suis à l’aise avec la mort et qu’il y a beaucoup de monde qui va mourir au Québec dans les prochaines années (les baby-boomers).
La santé est bonne
Une connaissance à qui je n’avais pas parlé depuis quelques années m’a envoyé un message cette semaine. Elle me demandait : « Comment va la vie ? ». J’ai eu envie de lui répondre : « La santé est bonne », mais je me suis retenue.
Qui, à 39 ans, répond « la santé est bonne » ? Je suis sensée répondre : « j’ai eu une promotion, j’attends mon deuxième enfant, je me suis acheté une maison, mon chum a été nommé ministre ».
Pas : « toute ma vie est à refaire, tout ce qui me reste est mon corps et ma santé ».
Après avoir pleuré ma vie en regardant Dying for sex, vous me direz que je suis bien chanceuse d’être en santé. Il y a du monde de plus en plus jeune qui souffre de cancer et autres maladies incurables et ces personnes seraient bien contentes d’avoir le corps que j’ai. Vous avez raison.
Mais je continue à penser qu’à mon âge, répondre à une amie que « la santé est bonne » pour résumer ma vie à 39 ans, ce n’est pas assez.