Joggeurs invincibles
Au début du confinement, un de mes plaisirs était d’aller marcher sur le bord du Canal Lachine. Ça m’apportait beaucoup de joie d’être près de l’eau, d’observer les canards, et de croiser des gens. J’y suis allée presque tous les jours jusqu’à ce que je ne me sente plus à l’aise d’y aller. De un, c’est difficile de respecter le 2 mètres : entre les mamans à poussette, les joggeurs et les conjoints qui refusent de marcher l’un derrière l’autre, mes promenades sont devenues des courses à obstacles!
J’ai besoin de ventiler ici à propos des joggeurs.
Une des raisons pour lesquelles j’apprécie mon quartier est qu’il y a une atmosphère d’ambition et de possibilité qui flotte dans l’air. Les habitants du Sud-Ouest (les gentrifiés bien sûr, pas ceux qui y habitent depuis toujours) ont du rebondi dans leurs pas; ils ont du pep, comme on dit. C’est très motivant de partager mon quartier avec des gens confiants et proactifs.
Cependant, en temps de pandémie, voici ce que j’ai à dire aux joggeurs et joggeuses de mon quartier : « Ce n’est pas parce que tu es beau, jeune, bien habillé et que tu vis à Griffintown, que ça veut dire que tu ne peux pas être porteur du coronavirus ! »
Le nombre de fois qu’un joggeur m’a frôlé en arrivant par l’arrière et m’a soufflé dessus toute sa puissance et sa virilité : on s’en fout ! Tu es quand même un danger public !
Ah, ça fait du bien ! C’est rare que je ventile en public mais là je me suis dit que ça pourrait faire rire les autres personnes irritées par les joggeurs insouciants et invincibles.