Se faire évincer dans le respect
Faque je me fais évincer neuf mois après avoir emménager. Après que notre quadruplex eu été vendu en janvier, notre nouveau propriétaire est débarqué à l’improviste jeudi pour nous annoncer, comme ça, qu’il nous mettait dehors. L’ironie de la chose est qu’au moment de venir se présenter après la vente, lui et sa conjointe nous avait affirmé, je cite, vouloir entretenir avec nous des relations « cordiales et respectueuses ».
Tout s’est fait de façon étrange. Il est resté dans le cadre de porte et m’a remis une feuille avec la hausse de loyer; jusque-là tout va bien. Mais après il me remet une autre feuille, en disant, voici maintenant une entente cash for keys, sans jamais utiliser le mot éviction ou reprise de logement.
Il bégayait, avait l’air mal à l’aise, comme s’il n’avait pas l’arrogance et l’égocentrisme que ça prend pour mettre du monde à la rue avec assurance. Il avait même l’air peiné que je sois furieuse contre lui, comme si c’est moi qui l’avais agressé.
Après lui avoir fermé la porte au nez, j’étais sonnée : est-ce qu’on venait vraiment de se faire évincer, comme ça, pendant que mon chum faisait un Zoom et que moi j’étais en pyjama ?
J’en reviens toujours pas qu’il n’a pas pris rendez-vous avec nous pour nous dire qu’il chamboulait notre vie, notre sentiment de sécurité.
Et ce qui me fâche aussi, ce sont tous les commentaires encourageants et sans fondements de tout ce qui a mené à cette éviction, tous les sourires hypocrites, la business de l’éviction, en somme. Je vais vous la décrire la business de l’éviction.
Ça commence avec un courtier immobilier qui débarque un beau matin et qui plante une belle grosse pancarte rouge devant chez toi pour que tout le monde comprenne que tu es à vendre. Ensuite ça continue avec une fille dans sa vingtaine qui rentre chez toi pour prendre des photos de ton appartement. C’est une artiste, elle est trop contente d’être payée pour exercer sa passion, et se dissocie complètement des conséquences que son art. Ça continue avec la visite des acheteurs potentiels, et du courtier, tout souriants, qui te font la jasette, comme ça, qui te dise que tu as bien décoré ta maison, que tu as du goût… Tout ça, évidemment, toujours avec grand sourire, sans jamais parler des conséquences que cette vente aura sur toi, le locataire.
Et ça se termine le jour où une fois que toute la paperasse est terminée, le propriétaire débarque chez toi, après tous les sourires, après tous les faux semblants, pour te dire de décâlisser.
J’en reviens pas de toutes les personnes dont le métier est de faciliter les évictions : les photographes, les home stagers, les courtiers immobiliers, les banquiers qui signent les prêts hypothécaires. Tout le monde est complice, sait ce qui se trame. C’est dégoutant.
Je ne tolère pas les mensonges, l’hypocrisie. En m’abusant, je veux que tu me regardes droit dans les yeux et que tu me dises : « je t’écrase pour m’enrichir, ta vie vaut moins que la mienne ».
Là, on commencerait à avoir une discussion « cordiale et respectueuse » : on serait dans la vérité.